Vous êtes responsable du service achat de Canam. Pouvez-vous préciser la nature de vos missions ?
Philippe Sicot : «Je crois qu'il faut dépasser la seule notion d'achat pour parler désormais de gestion de la chaîne logistique -Supply Chain Management en anglais - , mais aussi pour ce qui nous concerne chez Canam, de veille et de Sourcing. Au sein d'une entreprise industrielle comme Canam, la compétitivité est désormais fortement impactée par les conditions d'approvisionnement en matières premières, par les flux de matières, mais également par de nouvelles méthodes de management comme l'analyse de valeur, le marketing achat, etc. La gestion de la chaîne logistique ou « Supply Chain Management » est donc constituée par l'ensemble des maillons relatifs à la gestion de cette fonction d'approvisionnement et de gestion des ressources ».
Que recouvre plus précisément cette nouvelle appellation ?
Philippe Sicot : «Cette appellation regroupe les achats matières, prestations, fournitures, etc. mais également la gestion des approvisionnements, des stocks, le transport et la manutention. Cette fonction de gestion doit être comprise de manière globale, c'est à dire notamment au sein même de Canam, mais également au travers de l'ensemble de nos fournisseurs et de nos sous-traitants. C'est donc une fonction «gourmande» en processus collaboratifs avec de multiples acteurs internes et externes».
Le Supply Chain Management chez Canam... est donc une nouvelle fonction ?
Philippe Sicot : « Je préfère parler de gestion et d'optimisation de la chaîne logistique... Un constat tout d'abord. Les demandes de nos clients ont évolué ces dernières années dans trois directions principales:
- une demande de réactivité et de flexibilité très forte, quels que soient les secteurs d'activités sur lesquels nous nous positionnons,
- une demande de compétitivité économique très forte également,
- une demande de fourniture, non plus seulement de pièces unitaires, mais de plus en plus souvent de sous-ensembles ou ensembles complets. Parallèlement, il y a en effet plus de quatre ans, nous avons observé qu'il existait d'importants gisements de compétitivité au sein de la fonction achat de Canam et plus largement au sein de la fonction gestion des approvisionnements et gestion des flux matières. Partant de là, dans un contexte de remise en question, Canam s'est donnée les moyens de structurer cette fonction de gestion de la chaîne logistique, qui regroupe bien-entendu les achats, mais qui ne se limite pas aux seuls achats».
Concrètement quelles sont vos missions principales ?
Philippe Sicot : «Nous avons trois missions principales. La première est naturellement liée au marketing achat. Elle consiste à optimiser nos coûts d'achats et particulièrement nos coûts d'achats matières dans un cadre de flambée, et d'instabilité des cours des aciers. Nous sommes un acteur important de la moitié ouest de la France dans le secteur de la construction métallique. Nous intervenons auprès de nos clients sur toute la France. Notre volume d'achat annuel dépasse désormais les 10 Millions d'Euros. Dans ce domaine par exemple, nous avons pris la décision de mutualiser certains types d'achats de fournitures trop consommateurs de ressources internes en termes de temps, grâce à l'adhésion à une centrale spécialisée.
La deuxième est liée au Sourcing. Cette mission consiste à détecter, référencer, qualifier des nouveaux fournisseurs susceptibles de s'insérer de manière extrêmement qualitative dans le processus de production de Canam afin de lui permettre de répondre de façon compétitive aux demandes de ses clients. La troisième mission enfin est liée à la veille externe et interne. Dans un contexte d'évolution des technologies, des process, mais également des méthodes de production ou de management, nous devons désormais en permanence recueillir des informations internes et externes susceptibles de nous donner des avantages compétitifs incontestables. Ceci nous permet d'anticiper les évolutions du marché, mais également de maintenir ou de développer ces facteurs concrets de compétitivité.»
Quels sont les impacts de ces différentes missions sur le positionnement et de façon générale sur la stratégie de
Canam ?
Philippe Sicot : «Ils sont très concrets, c'est à dire qu'ils doivent apporter des avantages mesurables pour nous permettre d'apporter des réponses compétitives. Canam a investi récemment dans un outil de découpage de plaques au plasma et d'oxycoupage. Cet investissement important est notamment le résultat d'une étude qui nous avait été demandée par notre direction, concernant la sélection de fournisseurs de plaques découpées. Nous souhaitions en effet, améliorer notre réactivité et notre compétitivité dans ce domaine. Nous avons donc, dans le cadre de notre mission de marketing achat, dressé un inventaire précis des prestataires susceptibles de répondre à nos besoins. Au fil des informations que nous avons apportées à notre direction, la décision a donc été prise d'investir dans de nouveaux équipements, c'est à dire d'internaliser ce processus de fabrication. En outre l'organisation de la veille technologique, nous a permis d'être extrêmement réactifs en ce qui concerne le choix des équipements.»
Dans le cadre de vos missions, dans quels secteurs particuliers faites vous porter vos efforts actuellement ?
Philippe Sicot : « Disons simplement qu'actuellement nous référençons et nous qualifions des fournisseurs pour les prestations de serrurerie, chaudronnerie, charpente et traitements de surface. Nous sollicitons ces prestataires en raison de notre niveau de charge pour répondre à des lots de fabrication, c'est à dire à la fourniture de sous-ensembles complets, ce qui comme je l'ai déjà indiqué, devient une tendance forte. De même nous portons une attention tout à fait particulière à l'évolution du cours des aciers. Dans ce domaine en particulier, nous sommes en train de mettre en place des initiatives majeures pour mutualiser ces achats avec d'autres professionnels. Pour massifier en effet, les approvisionnements par d’autres filières que la distribution classique, nous avons un projet de mutualisation de nos achats de matières. Le projet est très intéressant et suscite beaucoup d'intérêt de la part de nos clients.
Enfin sur un plan peut être plus théorique mais pas moins stratégique, nous développons très fortement, en concertation avec l'ensemble des acteurs concernés internes et externes, l'analyse de valeur, projet par projet ».
Pouvez-vous préciser ce qu'est l'analyse de valeur ?
Philippe Sicot : « La valeur est la relation entre la qualité perçue ou le degré de satisfaction de nos clients et les ressources qu'ils sont prêts à y consacrer. Plus la satisfaction augmente pour un prix donné, plus la valeur perçue augmente. Plus le prix à payer diminue, plus la valeur perçue augmente. Donc la valeur produite est définie par le rapport entre nos prix de vente et les ressources consommées pour mettre à disposition de nos clients, la prestation de fabrication. Canam intervient dans le cadre de sous-traitance conjoncturelle ou structurelle.
Dans ces deux types d'interventions, l'analyse de la valeur s'impose comme un levier important de notre compétitivité notamment lorsque nous fournissons des solutions globales de fabrication d'ensembles ou de sous ensembles. C'est en effet une méthodologie qui nous permet d'obtenir les meilleurs résultats économiques, grâce à un parfait ajustement des ressources que nous mettons en oeuvre sur tout le cycle d'intervention, pour satisfaire les besoins de nos clients. Notre objectif est donc, grâce à l'analyse de valeur, de consacrer toutes les ressources – techniques, compétences, etc.-, à la satisfaction de nos clients, mais rien que les ressources nécessaires pour y parvenir. Cela suppose notamment que nous mettions en place des méthodes et des outils « collaboratifs ».
Quels sont selon vous, les principaux enjeux de la fonction que vous pilotez ?
Philippe Sicot : «Je crois qu'il faut faire prendre conscience à l'ensemble de nos partenaires fournisseurs, mais également à nos clients, que la recherche de compétitivité économique à laquelle nous sommes tous contraints, passe par l'appropriation, l'intégration et la formation à de nouvelles méthodes de management. Naturellement, la gestion et l'optimisation de la chaîne logistique, le fameux Supply Chain Management, entre dans ce cadre. C'est d'ailleurs pour nous désormais, un critère de référencement de nos propres fournisseurs. Il faut également que la culture d'entreprise, les habitudes de travail, la qualité de la communication interne, c'est le cas chez Canam, favorise l'introduction de ces nouvelles techniques de management. Nous voyons beaucoup de PME qui investissent des sommes colossales dans leur outil de fabrication mais trop souvent hélas, aucune ressource dans les nouvelles techniques de management de la compétitivité et dans la formation. De plus, je crois également que certains types d'achats qui nécessitent beaucoup trop de ressources internes, peuvent être externalisés auprès de centrales d'achats spécialisées ce qui permet, lorsque l'on fait un peu d'analyse de valeur, de renforcer sa compétitivité.
Enfin, il nous appartient également d'agir en collaboration avec nos clients pour massifier nos achats d'acier et inverser le rapport de force. C'est possible en s'appuyant sur une démarche volontariste. A ce sujet Canam invite tous les professionnels directement concernés à prendre contact avec nous et à nous faire part de leurs attentes dans ce domaine.»
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